Pour obtenir mon master en Information et Communication à l’Université libre de Bruxelles, j’ai dû rédiger un mémoire. Déjà passionné par la musique, j’ai choisi de m’intéresser à un phénomène qui, à la fin des années 2000, intriguait autant les observateurs que le public : le succès massif des festivals rock en Belgique alors même que le prix des tickets n’avait cessé d’augmenter depuis la fin des années 1990. À première vue, la situation semblait contradictoire. Mon enquête a montré que ce paradoxe n’était qu’apparent.
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Pourquoi la pensée humaine est-elle inégalable ?
Dans Pourquoi la pensée humaine est inégalable (JC Lattès, 2019), le philosophe allemand Markus Gabriel s’attaque à l’une des croyances les plus répandues de notre époque technologique : l’idée selon laquelle la pensée humaine ne serait qu’un processus de traitement de l’information, reproductible à terme par des machines toujours plus puissantes. Contre le discours triomphaliste de l’intelligence artificielle et les promesses du transhumanisme, Gabriel défend une thèse centrale et provocatrice : la pensée humaine ne peut être ni simulée ni remplacée, car elle n’est pas un calcul, mais un sens.
Lire la suiteLa barbarie douce, vrai visage de la modernisation
Dans La barbarie douce. La modernisation aveugle des entreprises et de l’école (La Découverte, 1999 ; rééd. 2003), le sociologue et philosophe Jean-Pierre Le Goff analyse de manière critique les formes contemporaines de management et de « modernisation » qui se sont imposées depuis les années 1980 dans les entreprises et dans l’institution scolaire françaises. Ces méthodes, présentées comme émancipatrices, participatives et adaptées aux « mutations du monde contemporain », trouvent selon lui une part décisive de leurs sources dans l’héritage culturel mal digéré de Mai 68, repris et réinvesti aussi bien par une partie de la gauche que par le patronat et les élites managériales.
Lire la suiteLa révolte consommée : la contre-culture nourrit-elle ce qu’elle prétend combattre ?
Dans La Révolte consommée. Le mythe de la contre-culture (Éditions du Trécarré, 2005), Joseph Heath et Andrew Potter s’attaquent à une croyance centrale de la gauche contemporaine : l’idée que la transgression culturelle, la marginalité et le refus des normes constitueraient une force de subversion du capitalisme. Leur thèse est radicale et dérangeante : loin d’être une menace, la contre-culture est l’un des moteurs historiques les plus efficaces de la société de consommation.
Lire la suitePourquoi croit-on aux complots ? Les ressorts psychologiques du conspirationnisme
Dans Croyez-vous aux théories du complot ? (PUG, 2018), le psychologue social Anthony Lantian analyse les ressorts psychologiques de l’adhésion aux récits complotistes. Ses travaux montrent que ces croyances ne relèvent pas d’une simple quête de vérité, mais s’enracinent dans une combinaison de facteurs : vision du monde, traits de personnalité et besoins fondamentaux insatisfaits.
Lire la suiteDu meurtre de Theo van Gogh à l’impasse Wilders : les Pays-Bas et la faillite de la tolérance
Les élections néerlandaises d’octobre 2025 ont une nouvelle fois confirmé la fracture d’un pays longtemps perçu comme un modèle d’équilibre. Au terme d’un scrutin historiquement serré, le parti centriste et pro-européen D66 de Rob Jetten l’a emporté face au Parti pour la Liberté (PVV) d’extrême droite de Geert Wilders avec quelques milliers de voix d’écart seulement. Les Pays-Bas sortent donc des urnes plus divisés que jamais. Ironie de l’histoire : ces élections anticipées, Wilders les avait lui-même provoquées en claquant la porte du gouvernement en juin dernier. Il espérait un triomphe qui lui donnerait enfin les moyens de gouverner seul. Il subit au contraire un recul net aujourd’hui. Son pari est raté, mais sa base électorale reste solide et les autres partis continuent de refuser toute coalition avec lui.
Lire la suiteStig Dagerman : « Le destin de l’homme se joue partout et tout le temps »
Au-delà de mes propres réflexions, je partagerai également sur ce blog des écrits qui m’ont marqué. Aujourd’hui, j’aimerais faire découvrir un texte de Stig Dagerman que j’apprécie beaucoup. L’auteur y affirme que chaque être humain porte la responsabilité du destin de l’humanité, partout et à chaque instant. Chacun contribue donc à la sauver ou à la détruire selon sa capacité à aimer, à pardonner et à résister à la logique impersonnelle du pouvoir, incarnée par les grandes organisations. Ce texte est tiré d’un recueil de seize écrits, La Dictature du chagrin & autres écrits amers (Éditions Agone, 2009), où se mêlent critique sociale, engagement politique et réflexion morale, interrogeant la responsabilité individuelle, la domestication des esprits et la fragilité du pardon dans un monde de plus en plus déshumanisé.
Chomsky contre Foucault ou la justice contre le pouvoir
En 1971, à Eindhoven, peu de temps après les révoltes de Mai 68, deux penseurs majeurs du XXᵉ siècle s’étaient retrouvés face à face pour un débat télévisé qui allait devenir historique. Noam Chomsky, linguiste américain, défenseur d’une conception rationnelle et universelle de l’esprit humain, affrontait Michel Foucault, philosophe français, analyste des rapports de pouvoir et critique des vérités établies. Ce débat, intitulé Nature humaine : justice contre pouvoir, fut bien plus qu’un échange d’idées : il révéla deux visions opposées du monde, de la liberté et de la vérité.
Lire la suiteQuand Pierre Carette et Wilfried Martens se parlaient
Le 20 septembre 2003, l’émission Nachtwacht, diffusée par la chaîne de télévision publique flamande VRT, proposait un débat hors du commun, qu’il m’arrive encore de regarder sur YouTube. Celui-ci opposait Pierre Carette, ancien dirigeant des Cellules communistes combattantes (CCC) qui venait de purger une longue peine de prison pour les attentats commis dans les années 1980 au nom de la lutte anticapitaliste – deux pompiers y avaient trouvé la mort –, à Wilfried Martens, le Premier ministre (CD&V) qui avait dû gérer cette vague de terrorisme intérieur. À l’époque, j’avais 18 ans et je venais d’entamer mes études en journalisme à l’université libre de Bruxelles.
Lire la suiteComment expliquer le phénomène des conversions religieuses en Occident ?
Au début des années 2010, plusieurs de mes connaissances se sont converties à l’islam. Cela m’avait profondément surpris à l’époque. Ces jeunes Bruxellois, issus de familles belges de culture catholique mais peu pratiquantes, semblaient jusque-là éloignés de toute forme de religiosité, comme c’est souvent le cas dans notre société sécularisée. Certains s’étaient convertis pour pouvoir épouser leur compagne musulmane. Mais d’autres, plus intrigants à mes yeux, étaient animés d’une quête de sens. L’islam leur apparaissait comme une voie claire, exigeante, structurante – bien plus que le christianisme flou ou tiède qu’ils avaient entrevu dans leur enfance. Ils y voyaient aussi un rempart solide face au vide spirituel et moral de la société de consommation. Pour mieux comprendre ce phénomène, j’ai donc lu le petit livre du sociologue Henri Lasserre, Le phénomène des conversions religieuses : vers une re-construction de soi ? (ESF, 2016), qui analyse précisément ces trajectoires de conversion.
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