En regardant le débat « Vérité : Vivons-nous un moment orwellien ? » diffusé dans l’émission C Politique le 7 décembre 2025, j’ai repensé à l’essai de James Conant consacré à la pensée de George Orwell : Orwell ou le pouvoir de la vérité (Agone, 2012). Le philosophe américain y développe une lecture originale et puissante de l’œuvre orwellienne. Contre une certaine tradition intellectuelle de gauche incarnée par des penseurs comme Richard Rorty ou Michel Foucault, qui considèrent le concept de vérité objective comme dépassé, dogmatique voire réactionnaire, Conant montre que la force d’Orwell réside précisément dans sa défense acharnée de ce concept. Plus radicalement encore, il démontre qu’Orwell a placé au fondement de sa critique du totalitarisme non pas le concept de liberté, comme on pourrait s’y attendre, mais celui de vérité.
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Le paradoxe tragique de la conscience humaine
Dans Le Dernier Messie (Allia, 2023), un essai aussi court que fulgurant publié pour la première fois en 1933, le philosophe norvégien Peter Wessel Zapffe propose une vision radicale de la condition humaine. Selon lui, l’être humain n’est pas le sommet de l’évolution, mais un « paradoxe biologique », une espèce dont l’intelligence est devenue un fardeau insupportable.
Lire la suiteHenri Laborit contre les dieux et l’illusion de liberté
Médecin, biologiste et neurophysiologiste français, connu pour ses travaux sur le comportement humain, l’agressivité et les mécanismes de domination sociale, Henri Laborit fut l’invité de l’émission Noms de Dieux en mars 1993. Lors de cet entretien diffusé par la télévision publique belge francophone, il développa un propos radical, à la fois scientifique, philosophique et profondément iconoclaste. Fidèle à sa démarche de biologiste du comportement, il s’attaquait aux grandes notions qui structurent les sociétés humaines – Dieu, la liberté, l’amour, la morale, la propriété – afin d’en montrer le caractère largement illusoire, dangereux ou mystificateur lorsqu’elles sont prises au pied de la lettre.
Lire la suiteLe transhumanisme, ou la tentation intégriste du progrès
Dans Le transhumanisme est un intégrisme (Les éditions du Cerf, 2016), l’écrivain français Mathieu Terence livre une charge polémique contre le transhumanisme, qu’il analyse non comme une simple perspective technoscientifique, mais comme une idéologie totalisante, porteuse d’une vision du monde cohérente, normative et profondément politique. Sous couvert de progrès, cette doctrine prône l’usage des sciences et des technologies – biotechnologies, neurosciences, intelligence artificielle, génétique – pour « améliorer » l’homme, augmenter ses capacités physiques et mentales, repousser le vieillissement et, à terme, abolir la mort. Mais pour Terence, cette promesse n’a rien de neutre : elle relève d’un scientisme intégral, qui entend s’imposer jusqu’« au cœur de ce qui configure l’humain », c’est-à-dire les neurones et les gènes.
Lire la suitePourquoi la pensée humaine est-elle inégalable ?
Dans Pourquoi la pensée humaine est inégalable (JC Lattès, 2019), le philosophe allemand Markus Gabriel s’attaque à l’une des croyances les plus répandues de notre époque technologique : l’idée selon laquelle la pensée humaine ne serait qu’un processus de traitement de l’information, reproductible à terme par des machines toujours plus puissantes. Contre le discours triomphaliste de l’intelligence artificielle et les promesses du transhumanisme, Gabriel défend une thèse centrale et provocatrice : la pensée humaine ne peut être ni simulée ni remplacée, car elle n’est pas un calcul, mais un sens.
Lire la suiteChomsky contre Foucault ou la justice contre le pouvoir
En 1971, à Eindhoven, peu de temps après les révoltes de Mai 68, deux penseurs majeurs du XXᵉ siècle s’étaient retrouvés face à face pour un débat télévisé qui allait devenir historique. Noam Chomsky, linguiste américain, défenseur d’une conception rationnelle et universelle de l’esprit humain, affrontait Michel Foucault, philosophe français, analyste des rapports de pouvoir et critique des vérités établies. Ce débat, intitulé Nature humaine : justice contre pouvoir, fut bien plus qu’un échange d’idées : il révéla deux visions opposées du monde, de la liberté et de la vérité.
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