Politique

Pourquoi une partie de la jeunesse devient-elle conservatrice ?

Depuis la révolte de Mai 68, la jeunesse a été synonyme de progrès et d’ouverture. Ce n’est plus aussi vrai aujourd’hui. Pour la première fois dans l’histoire contemporaine, plusieurs études et sondages montrent que les jeunes générations se révèlent moins progressistes que leurs aînées. En Europe comme aux États-Unis, une partie croissante des 18-30 ans exprime en effet des positions plus conservatrices, voire plus autoritaires, sur des sujets comme l’immigration, la démocratie ou les droits des minorités. Le groupe punk Bad Religion avait déjà pressenti ce glissement dans un morceau au titre provocateur et aux paroles satiriques, The Kids Are Alt-Right – littéralement « Les gamins sont d’extrême droite » – paru en 2018.

Ce basculement ne s’explique pas par une simple nostalgie, mais par un sentiment diffus d’instabilité. Les jeunes grandissent dans un monde où l’éducation ne garantit plus un emploi stable, où l’accès au logement devient de plus en plus difficile et où l’avenir semble incertain. Face à cette insécurité, beaucoup recherchent des repères plus fixes et des cadres plus solides, ce qui alimente une forme de conservatisme pragmatique.

L’érosion des institutions traditionnelles accentue ce besoin de stabilité. Les jeunes ne se reconnaissent plus dans les anciennes communautés religieuses, politiques ou syndicales, mais peinent à trouver de nouveaux lieux de cohésion. La succession de crises – climatique, sanitaire, migratoire – et les effets de la mondialisation nourrissent un sentiment de perte de contrôle. Dans ce contexte, la tentation de l’autorité se renforce : un dirigeant fort, des frontières plus nettes, des normes plus claires. Le conservatisme contemporain des jeunes ne traduit pas tant un rejet de la liberté qu’une peur du chaos.

Il existe aussi une dimension culturelle : après plusieurs décennies de libéralisme libertaire et de transformations rapides, certains jeunes expriment une réaction identitaire. Ils rejettent ce qu’ils perçoivent comme un progressisme moralisateur, élitiste et parfois décadent, et valorisent des repères jugés plus authentiques et « sains » : la famille, la nation, le rôle traditionnel des sexes, voire la religion. Ce phénomène touche particulièrement les jeunes hommes, dont une partie se sent déstabilisée par les changements liés au genre et à l’égalité avec les femmes.

Le conservatisme de la jeunesse actuelle ne constitue donc pas un simple repli nostalgique, même si celui-ci en fait partie. Il est surtout le symptôme d’une génération en quête de cohérence dans un monde instable. Les jeunes ne deviennent pas conservateurs par refus du progrès, mais par besoin de structure, de sécurité et de sens. Tant que ces conditions ne seront pas retrouvées – emploi stable, logement accessible, institutions crédibles -, leur repli vers des valeurs d’ordre et de continuité risque de s’accentuer.

Pour prolonger la réflexion, et illustrer ce qui précède, voici une interview de la sociologue Quita Muis de l’université de Tilbourg aux Pays-Bas. Elle y analyse un phénomène inédit révélé par la European Values Study : pour la première fois, la jeune génération se montre moins progressiste que les précédentes. Contrairement à l’image du conservatisme réservé aux « vieux hommes blancs », ce sont aujourd’hui les jeunes qui, face à l’instabilité économique et sociale, adoptent des positions plus traditionnelles ou autoritaires sur des sujets comme l’avortement, le mariage homosexuel ou la démocratie.

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